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  "Les enjeux de la formation professionnelle"

Interview d’Abdellah Mezziouane, secrétaire général de la CGPME Paris Ile-de-France


Pour vous, quel est le rôle de la formation professionnelle dans l’accompagnement et l’anticipation des mutations économiques ?

 

C’est avant tout une nécessité face à la mondialisation et aux bouleversements considérables  que connaît l’environnement des entreprises ces deux dernières décennies : mutations économiques, technologiques, démographiques, sociétales…  L’ampleur de ces changements et leur complexité ont généré des défis nouveaux pour les entreprises, et singulièrement pour les plus petites d’entre elles.

 

Les mutations économiques des entreprises sont dues principalement à la diffusion des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), la réorganisation du travail, la complexification des systèmes de production et de distribution. La capacité à trouver, à trier et à analyser l’information est devenue un des vecteurs essentiels de l’organisation et du développement de l’activité économique. Ont-elles pour autant les moyens internes pour intégrer ces changements ? La formation professionnelle doit accompagner ses changements, pour les entreprises comme pour les individus, de prévenir l’obsolescence des compétences et de réunir les conditions favorables à l’adaptabilité et à l’acquisition des nouveaux savoirs qui s’imposent aux dirigeants et salariés de TPE, PME.

 

L’adaptation permanente des produits et services due à la volatilité des marchés et des nouvelles exigences des clients et donneurs d’ordres à l’échelle mondiale impose à l’entrepreneur la modernisation et la compétitivité de son entreprise en permanence, elle-même reposant essentiellement sur la qualité de son capital humain. La formation professionnelle devient alors un enjeu stratégique, et non une dépense, pour accompagner ces mutations : flexibilité croissante dans une optique de « juste à temps », accroissement de la polyvalence, développement du travail autonome en sont quelques exemples.

 

Permettez moi d’insister sur les questions des coopérations interentreprises, surtout lorsqu’il s’agit pour les TPE / PME de mutualiser des actions stratégiques telles que le développement à l’international, l’accès aux marchés publics, à l’innovation

 

Seules des compétences préparées à ces enjeux, sont à même d’initier et piloter ce type de coopérations. La formation professionnelle doit nécessairement s’adapter à cette nouvelle donne pour promouvoir des actions collectives de formations stratégiques au niveau des territoires, des filières, des pôles de compétitivité ; et permet ainsi de constituer des réseaux de compétences.

 

La formation professionnelle est donc un investissement au sein des TPE / PME pour soutenir leur compétitivité et accompagner leur mutations économiques.

 

 

Malgré un budget considérable de près de 35 milliards d’euros, les résultats de notre dispositif sont régulièrement critiqués. Pour vous, qu’est qui fondamentalement fait que cela ne fonctionne pas bien ?

 

Il faut tout d’abord savoir de quoi l’on parle lorsque l’on évoque le montant de 35 milliards d’euros ! Le niveau de financement par les contributions des entreprises du secteur privé et concurrentiel de la formation professionnelle continue (hors apprentissage) est de près de 11 milliards destinés à la formation des salariés. Sur cette somme, un peu plus de la moitié est gérée par les OPCA (dont le nombre a été réduit à moins d’une vingtaine), l’autre moitié gérée directement par les entreprises, souvent de grande taille.

 

Donc les partenaires sociaux gèrent environ 6 milliards d’euros dont 800 millions sont alloués au Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels et passent désormais des conventions d’objectifs et de moyens avec l’Etat.

 

Donc, l’entreprise et les partenaires sociaux gèrent 11 milliards d’euros et font l’objet de contrôles renforcés, l’Etat et les collectivités territoriales près de 24 milliards d’euros !!! qui évaluent l’impact de ces politiques publiques ?

 

Quant aux résultats, notre confédération les a récemment édités. Quelques chiffres clés :

 

-        Plus de 40 % des salariés partent en formation dans le cade des plans de formation des entreprises

-        Plus de 160 000 jeunes de – 26 ans / an sont recrutés en contrat de professionnalisation et ce, malgré la crise

-        Plusieurs dizaines de milliers de salariés utilisent le congé individuel de formation et la POE (Préparation Opérationnelle à l’Emploi) a déjà bénéficié à plus de 25 000 salariés sur 2011-2012.

 

Si ces éléments ne sont pas des résultats probants, de quoi parle t’on ?

Il faut stabiliser le système : arrêter les réformes répétitives et  laisser les TPE / PME s’approprier les outils mis à leur disposition sans vouloir les rebaptiser ni les changer à chaque élection ou mise en place d’un nouveau gouvernement.

 

Supprimer l’obligation légale, est-ce la solution ?

 

A partir du moment où les grandes entreprises dépensent plus que l’obligation légale, faut il encore reposer la question de son existence ?

 

Il serait illusoire de pense que supprimer l’obligation légale, c’est permettre une meilleure prise en compte de la formation des salariés des TPE / PME ou améliorer la performance de la formation.

 

Cette affirmation est tout simplement fausse, voire « manipulatrice » dans un contexte de négociation de la formation professionnelle.

 


Supprimer l'obligation légale c'est permettre une meilleure prise en compte des salariés de TPE PME.

Cet argument est complètement faux.

-            Tous les observateurs sérieux s'accordent, du reste, pour considérer que certaines PME déjà très frileuses en matière de formation renonceront à toute mise en œuvre de formation non liée directement à la nécessaire adaptation au poste de travail. Les plus dynamiques, qui s'appuient actuellement sur les OPCA, devront renoncer à bénéficier d'abondements et de fonds mutualisés. Les dépenses de formation seront à leur charge exclusivement.

-            Pour ce qui concerne les "grandes entreprises", dont certaines pouvaient "abonder" les fonds mutualisés; beaucoup se limitent déjà à l'obligation légale et recherchent des moyens pour optimiser leurs dépenses (faire utiliser le CIF, la professionnalisation, passer par des courtiers en formation...).

L'obligation supprimée, c'est l'assurance d'une baisse généralisée des efforts de formation au moment où les entreprises, d'une manière générale sont frileuses pour investir.

C'est une pénalisation assurée pour l'ensemble des salariés et en particulier pour ceux des PME

 

Supprimer l'obligation, c'est améliorer la performance de la formation.

 

Que veut dire cette affirmation ? La formation obéit aujourd'hui à des critères légaux (imputabilité des actions, déclaration d'activités des organismes, bilans pédagogiques, évaluations des actions, dossiers individuels des bénéficiaires...). Faire de la formation une activité "libéralisée", c'est la mettre au même niveau, par exemple, que les achats de consommables avec la liberté pour l'entreprise de faire tout (ou rien). En quoi, cela va t'il améliorer la performance alors que dans un système aussi "cadré" qu'aujourd'hui, les observateurs déplorent déjà des dérives sectaires, des formations "bidons"....

 

Evoquons l'incidence sur l'emploi : En 2011, dans un contexte d’activité économique ralentie, le chiffre d’affaires réalisé par les organismes dispensateurs de formation professionnelle, qu’il s’agisse de leur activité principale ou d’une activité secondaire, a continué à progresser (+5,0 %). 58 668 organismes ont réalisé un chiffre d’affaires de 13,1 milliards d’euros en formant 23,8 millions de stagiaires (+5,1 %) et dispensant au total 1 152 millions d’heures (+4,1 %). C'est l'un des rares secteurs économiques qui progresse (sauf en 2012 petit retrait de 2,3%) malgré la crise.

Ces organismes sont porteurs d'emplois directs (salariés en CDI et en CDD) et indirects (sous traitants, travailleurs indépendants, auto entrepreneurs...). Ils enrichissent le tissu des PME de proximité.

Soulignons le nombre d'emplois portés par la fonction formation dans les entreprises (services formation) et hors entreprise. Le conseil et la formation reste, par ailleurs, une voie de maintien dans l'emploi, en France, pour les séniors (tuteur en entreprise, consultants "freelance").

 

C'est grâce aujourd'hui à une action soutenue des OPCA que les coûts de formation restent modérés par rapport à l'évolution générale des prestations de services intellectuels (les prix à la journée restent relativement constants depuis 15 ans). Dans un marché totalement libéralisé, ce n'e sont que les gros opérateurs qui pourront déployer une offre régionalisée. Aujourd'hui le marché de proximité est assuré par les petites structures qui ne travaillent souvent qu'avec des PME PMI. Avec la disparition du 0,9, c'est la disparition des petites structures et une augmentation généralisée de prix des gros opérateurs qui seront seuls à prendre les risques d'organiser des stages inter entreprises.

 

Supprimer l'obligation c'est marquer une forte volonté de réforme....

 

Pour ma part, je pense que c'est mettre à mal la cohésion sociale

 

L'obligation légale liée au plan de formation est un signe fort de la responsabilité du chef d'entreprise dans la nécessaire évolution des compétences de ses salariés. Supprimer cette obligation au moment où va être créé le "compte personnel de formation" c'est renvoyer chaque salarié sur sa responsabilité individuelle de se former dans le cadre d'un projet personnel. Bref, la formation devient le problème de chacun mais n'est plus du domaine de la responsabilité sociétale et économique de l'entreprise.

 

 

La question fondamentale est donc de savoir comment améliorer, voire mieux organiser la formation professionnelle des salariés des TPE / PME.

 

Il faut arrêter dans ce pays les commentaires, les conclusions trop hâtives de certains lobbys d’horizons divers  pour considérer que l’argent de la formation professionnelle est détourné, mal utilisé … que sais je encore ?

 

Il y a longtemps que le dirigeant de PME / PMI a compris que la formation professionnelle de ses salariés est importante pour l’amélioration de sa compétitivité, et donc pour le développement de son entreprise.

 

Les facteurs de réussite ont fait que depuis plusieurs décennies les TPE / PME sont les premières créatrices d’emplois nets en France. Entre 1981 et 2010, ce sont plus de 3 millions d’emploi créés nets par les entreprises de moins de 200 salariés.

 

L’optimisation de notre dispositif de formation professionnelle doit alors reposer sur des principes simples :

 

-          le plan de formation doit rester le point central de la formation professionnelle des salariés dans les TPE / PME et sa mise en œuvre doit reposer sur des principes fondamentaux, celui d’un investissement minimal obligatoire des entreprises et de la mutualisation de ces ressources

-          les priorités de développement économique et stratégique de l’entreprise doivent être partagées avec les salariés de l’entreprise, c’est de la responsabilité du chef d’entreprise. Cette affirmation permet seule la convergence entre les besoins de formations liés à ces priorités et les volontés individuelles et collectives de développement, de qualification et de compétences

-          retourner sur le terrain ; les OPCA doivent revenir à leur métier d’origine: favoriser le conseil et l’assistance de proximité en matière de formation professionnelle en redéployant des conseillers en formation susceptibles de promouvoir les outils et dispositifs d’accompagnement opérationnel dans les TPE / PME

-          renforcer la qualité de l’offre de formation, qui est in fine le seul élément tangible pour le dirigeant de TPE / PME : « est ce que mon salarié a suivi une formation, non seulement qui correspondait à mon besoin mais également à celui du salarié concerné »

 

Tout notre système de formation doit répondre à cette seule question.

 

L’entreprise a l'obligation de former ses salariés. Aujourd'hui elle le fait à moindre coût par la mutualisation. Demain, sans mutualisation, elle portera seule sa charge financière



 

 

Abdellah Mezziouane

Secrétaire Général de la CGPME Paris-Ile-de-France

Paris, le 26 Novembre 2013

 



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